Les Belges adhèrent plus rapidement si la moitié d’entre eux y sont favorables

Les gens n’adaptent leurs comportements que s’ils pensent qu’au moins la moitié de la population y est favorable. C’est ce qu’il ressort d’une étude menée par la KU Leuven via la plateforme Gonna.be de Baloise Insurance sur les effets des comportements de masse dans les choix financiers.

Les Belges adhèrent plus rapidement si la moitié d’entre eux y sont favorables

Nous sommes apparemment de véritables moutons de Panurge et n’hésitons pas à suivre l’option choisie par plus de la moitié d’entre nous. Nous devons en être conscients, notamment pour prendre du recul par rapport aux informations trompeuses que peuvent distiller les entreprises. Néanmoins, selon le Professeur d’économie Kristof De Witte, l’étude permet également de comprendre comment le gouvernement peut inciter la population belge à mieux suivre les mesures pour lutter contre le coronavirus.

Professeur De Witte: "l’étude permet de comprendre comment le gouvernement peut augmenter l’adhésion des citoyens aux mesures prises pour lutter contre le coronavirus"

Les comportements de masse ont déjà fait couler beaucoup d’encre quant à savoir s’ils étaient bons ou mauvais. L’étude menée conjointement par la KU Leuven et Baloise Insurance démontre pour la première fois que les gens adaptent leurs comportements pour suivre l’option X ou adopter le comportement Y s’ils sont convaincus qu’au moins la moitié de la population le fait. Cette conclusion est intéressante et peut nous aider à prendre du recul par rapport aux communications financières trompeuses. Mais elle est tout aussi intéressante pour le gouvernement dans sa volonté d’accroître l’adhésion de la population belge aux mesures anti-COVID notamment ou de relancer notre vie sociale après le déconfinement.

Le comportement grégaire

La société Baloise Insurance et l’équipe du Professeur Kristof De Witte de la Faculté d’Économie et des Sciences de l’entreprise de la KU Leuven, ont étudié les comportements dans les choix financiers. Ils veulent, notamment par le biais de la plateforme Gonna.be, permettre aux gens de maîtriser davantage le domaine financier et mieux comprendre leur assureur, leur banquier ou leur courtier afin de leur permettre de prendre de meilleures décisions.

L’expérience consistait à analyser le fameux « comportement grégaire » qui pousse les gens à adapter leur choix à celui du groupe. Parfois, nous le faisons, convaincus que les autres sont mieux informés que nous ou tout simplement par souci d’appartenance au groupe. Néanmoins, suivre le groupe n’est pas toujours la décision la plus judicieuse.

« Les entreprises peuvent sciemment distiller des informations trompeuses pour influencer le comportement des gens ; ceux-ci ne voient alors parfois pas les risques que comportent certaines décisions. Les comportements suiveurs ont par exemple fortement influencé la crise financière de 2008. Il est par conséquent essentiel que les gens prennent conscience de ce penchant pour le comportement grégaire ou de masse. Prévenir ne suffit pas, il faut former les gens et les encadrer. C’est pourquoi nous plaidons aux côtés de la KU Leuven pour que cette thématique soit abordée dans l’enseignement dans la filière financière. Nous pourrons ainsi atteindre immédiatement un large public. » Jan Scheepers, Baloise Insurance

Un comportement de masse positif dans le cadre des mesures anti-COVID

Les comportements suiveurs peuvent aussi avoir des répercussions positives, car, selon les chercheurs, l’expérience a également permis de comprendre comment le gouvernement pouvait accroitre l’adhésion aux mesures anticoronavirus pour endiguer l’épidémie.

« Il a été démontré pour la première fois que les gens adaptaient leur comportement s’ils estimaient que la moitié de la population le faisait aussi. Le gouvernement peut ainsi se concentrer davantage sur ces comportements suiveurs dans le cadre de la gestion de la crise COVID. Ainsi, il pourrait communiquer systématiquement des chiffres ou lancer des campagnes montrant par exemple qu’il y a significativement moins de gens dans les rues ou sur nos routes. Les gens vont d’autant plus adapter leurs comportements à celui de la majorité à l’approche des fêtes. » Kristof De Witte, Professeur d’économie à la KU Leuven

Lorsque la crise du coronavirus aura été complètement maitrisée dans notre pays, ce comportement grégaire pourra également contribuer à la reprise de la vie sociale.

« Le Canada, qui a été touché par l’épidémie de SARS en 2003, a vu à quel point la reprise économique était lente. Le gouvernement a alors organisé un concert gratuit des Rolling Stones pour attirer les foules. Le public s’étant donné rendez-vous en masse au concert, la population a alors été incitée à reprendre sa vie sociale, économique et touristique. Ce revirement de situation montre à quel point nous sommes influençables en temps de crise, mais aussi après une crise. » Kristof De Witte, Professeur d’économie à la KU Leuven

 À propos de l’étude

Tout visiteur de la plateforme Gonna.be de Baloise Insurance qui souhaite connaitre le montant de sa pension ou de ses revenus en cas d’incapacité de travail reçoit à l’issue de la simulation trois possibilités d’assurance susceptibles d’améliorer sa situation financière future. Dans le cadre d’une expérience impliquant un groupe expérimental et un groupe de contrôle, les chercheurs de la KU Leuven ont ajouté, pour le groupe expérimental, un message supplémentaire mentionnant un pourcentage au hasard de gens qui avait fait ce choix. Ils avaient également prévu un message d’avertissement demandant au visiteur s’il était certain de son choix afin de voir si celui-ci allait encore changer d’avis.

Résultat : sur les quelque 700 participants qui ont effectué la simulation jusqu’au bout, les renseignements donnés sur ce que les autres visiteurs avaient fait ont augmenté les chances que les participants fassent ce choix-là aussi de 50 %. Le pourcentage de gens qui ont opté pour la solution X augmente proportionnellement avec le pourcentage de gens qui soi-disant ont également opté pour cette solution-là. L’influence ne semble réelle que si le pourcentage s’élève au moins à 50 %. Seule une petite minorité a changé d’avis après avoir lu le message d’avertissement, ce qui signifie que ce message n’était pas assez puissant que pour influencer l’avis des gens.